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Chapitre 1 – 3ème partie

Ecrit par Sébastien Hervé 15 juillet 2017
Chapitre 1 – 3ème partie
A partir de ce chapitre, des dialogues interviendront de manière régulière. La langue de Timo étant l’allemand, les dialogues dans cette langue seront affichés dans le même style d’écriture que celui de la narration. En revanche, pour toute autre langue utilisée dans les dialogues du récit (Japonais, Anglais, Français…), la typographie du texte sera écrite “en gras”.

 

Berlin, le 13 Octobre 2006 -15:30-

J’ouvre à peine les yeux, subissant encore les désagréments d’une gueule de bois carabinée. C’est le même schéma au moins deux soirs par semaine. Ayant pris quelques années au compteur, il me faudra bien jusqu’à demain pour m’en remettre. Je décide de rassembler l’énergie qu’il me reste pour quitter mon “cercueil” à déprime, et trouver la force d’atteindre le salon. Je m’aperçois encore que l’épuisement m’a fait dormir tout habillé. Seule la dignité m’a donné la lucidité nécessaire pour enlever mes chaussures avant de me laisser m’effondrer sur mon lit. Je décide de changer de vêtements, histoire de paraître un peu moins dépravé.

En descendant les escaliers de fortune qui me mènent au salon, je constate que je ne suis pas le seul occupant de cette maison. Annika ne doit pas travailler aujourd’hui. Je l’entends vociférer ses commérages habituels, à mesure que je me rapproche d’elle et de son précieux cellulaire. En m’aperçevant, elle quitte sa conversation en cours pour venir me saluer :

<< Moin Tim, Wie geht’s ?

–  Ca va !

– Tu n’as pas l’air très causant aujourd’hui. Tu veux qu’on en parle ?

– Non merci ! j’aimerais juste pouvoir manger un truc sans avoir à subir tes analyses psychologiques de bas étage.

– T’es encore en plein forme aujourd’hui. me répond-elle ironiquement.

Je décide de couper court à cette conversation pour m’enfermer dans mon mutisme habituel. C’est la seule barrière de protection qu’il me reste. Je décide d’allumer une cigarette. La première depuis mon réveil. C’est bien la seule chose qui m’apporte un peu de réconfort depuis que mes yeux ont été sauvagement agressés par la lumière du jour. J’en profite pour regarder tout autour de moi, histoire de me rappeler que c’est bien chez moi. La décoration japonisante qui entoure cette pièce comme un halo chic et sophistiqué est la seule chose qui ne me dérange pas ce matin. Annika s’est assise, sans dire un mot. Elle prend son déjeuner, tout en pianotant sur son ordinateur portable. Olivier et Kayla, nos deux autres colocataires, sont absents pour l’après-midi. Je sais que je ne devrais pas être aussi froid avec Annika. Elle ne m’a rien fait. Nous nous connaissons depuis l’école primaire et avons littéralement tout vécu ensemble : les peines de coeur, les galères personnelles etc. Nous nous sommes souvent aidés mutuellement par le passé. Au premier abord, Elle peut paraître très froide et agressive (ceux qui ont essayé de capturer son coeur ou de la provoquer en ont fait les frais). Cependant, quand elle décide de donner son amitié à quelqu’un, elle joue son rôle à merveille. Annika, c’est une hotline à disposition qui n’abandonne jamais ses amis. Celà peut parfois être déstabilisant quand on a pas envie de “se faire aider”, comme ce matin. Son comportement avec les personnes qui comptent pour elle est remarquable. Physiquement, c’est l’exemple même de ce que les machos pourraient appeler la “poupée” allemande : une très jolie blonde aux yeux bleus de 176 cm. Elle a tout du cliché germanique sur le papier. Elle représente plus que ce stéréotype pour moi. Il n’y a jamais eu d’attirance respective entre nous, ce qui explique la facilité déconcertante avec laquelle notre amitié a pu rester intacte (même si elle vascille ces derniers mois, en grande partie à cause de moi).

Elle s’arrête subitement de torturer son clavier pour me fixer et s’adresser à moi spontanément :

<< Ce soir, je t’emmêne quelque part. Ce n’est pas négociable.

– Euh…Ok… je peux avoir quelques précisions quand-même ?

– Pas besoin! Olivier et Kayla viennent avec nous. Tu es diplômé depuis quatre mois et tu n’as toujours pas trouvé de travail. C’est pas comme ci tu étais submergé par les impératifs professionnels . >>

Directe et incisive. Ou comment soigner le mal par le mal. C’est le crédo de mademoiselle Kloß.

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